Après un week-end enchanteur, comme nous avons aperçu au cours de nos balades un agent Volvo Penta, nous allons demander un autre avis pour trancher la question de l’inverseur. Le responsable du chantier nous propose une vérification immédiate ce que nous acceptons. Retour au port pour amener Noème au chantier. Un employé monte à bord et nous exécutons plusieurs manœuvres à sa demande. Le verdict tombe : tout va bien. Etonnés nous insistons, il suggère que l’hélice pourrait ou présenter un problème ou avoir un cordage enroulé autour du moyeu. Combinaison rapidement enfilée (eau à 8° C) et mise à l’eau du marsouin. La vérification ne donne rien. A priori pas d’explication. Le patron ne nous fait rien régler et nous repartons avec nos doutes.
Descente la côte est des Lofoten et visite successive de Henningvᴂr surnommée la Venise du nord, Nusfjord au fond d’un minuscule fjord puis Reine et Moskenes. Tous de petits ports insérés dans des baies improbables au pied de ce mur montagneux qui fait les Lofoten. Reine est assurément le plus remarquable d’entre eux. Les Norvégiens l’ont élu « plus beau village de Norvège ». Une randonnée sur les pitons alentours permet de dominer Reine, et d’admirer cette crique paisible au fond de ce fjord au décor féérique. Il ne doit pas en être de même aux mois d’hiver.
A l’extrémité des Lofoten cap sur Sandviken, sur la côte ouest de la Norvège par un temps de chien. La traversée du Vestfjorden et l’atterrissage sur l’île de Sandviken se fera au radar. Le brouillard se dispersera par bancs entiers à l’instant où nous pénétrons dans la crique qui tient lieu de port et où quelques aménagements ont été réalisés. Pas un bruit ne s’élève de l’île. Le silence est parfois troublé brièvement par le bruit d’un moteur marin ou le criaillement d’oiseaux marins. Elle est si petite que pas une seule route n’a été construite, seul des sentiers la parcourent. Les rares insulaires croisés se déplacent à pied ou en vélo, indolents. Le toit de certaines maisons est recouvert, pour une meilleur isolation, de tourbe et d’herbe. De la morue sèche à la devanture de hangar à bateaux. Pas une épicerie, pas un magasin. Un refuge pour un reconstituant repos loin de toute agitation dans des conditions d’isolation absolue. Ne rien oublié est impératif si un séjour est décidé en ce lieu.
Le lendemain le chemin du retour continue. Nesna, Brønnøysund, Rorvik à nouveau, Stokksund et Uthaug. La journée du trente juillet fut épique. Dans l’après-midi alors que soufflait trente cinq nœuds de vent et que nous naviguions dans une mer heurtée et très courte, le bloqueur de la bosse de l’enrouleur s’ouvrit libérant la totalité du yankee. Noème partit à l’abattée et se coucha. Il fallu libérer le pilote, reprendre la barre pour remonter au vent au milieu de cailloux sardoniques. La tension sur la bosse de l’enrouleur était telle qu’enrouler le yankee s’avéra difficile et ne se fit que très progressivement, chahuté par les vagues. Le yankee enroulé et le vent toujours aussi violent, Uthaug fut choisi pour prochaine étape.
En pleine manœuvre dans le port, par trente nœuds de vent avec rafales, impossible de passer la marche arrière. Finalement nous réussissons à venir à couple d’un chalutier en réparation. Noème immobilisé au flanc du chalutier nous sollicitons le levier de commande moteur. La marche arrière daigne s’enclencher mais dans un tel bruit de casserole que le moteur est stoppé sur le champ. Nos craintes se confirment. Que faire ? Nous avons une connexion Wifi à bord. Un revendeur Volvo est trouvé sur internet. Il est à Trondheim, troisième ville du pays située sur un fjord à l’intérieur des terres, à soixante milles de notre panne. Pour le moment le moteur fonctionne toujours correctement en marche avant. Le vent tombera le lendemain et nous partirons vers Trondheim espérant ne pas avoir à solliciter le moteur. Belle journée et belle brise pour rejoindre Trondheim. Trajet sans ennuis. Malheureusement dans la marina de Trondheim nous ne nous engageons pas dans la bonne track, un plaisancier nous indique que les places visiteurs sont à l’opposé de l’endroit où Noème se trouve. Obligés d’enclencher la marche arrière pour le dégager de la panne, l’inverseur donne l’impression qu’il va exploser. Une fois dégagé, un voilier de notre taille est repéré, puis abordé en marche avant et Noème immobilisé. Ouf pas de casse.
Le lendemain visite au représentant Volvo situé à l’autre bout de la ville à une demi-heure de marche. Après quelques explications il nous dit savoir d’où vient le problème. Par contre nous refusons de nous rendre au moteur à son atelier situé dans une darse au fond du port commercial. Noème sera remorqué. Dans la matinée c’est fait. Le patron du chantier emprunte la descente et s’installe à côté du coffre moteur ouvert pour écouter et prendre une éventuelle décision. Mise en route du moteur et vous le croirez ou non mais le passage de la marche avant et arrière est normal, et ne provoque quasiment aucun bruit anormal à part un petit chuintement. Le patron pense qu’une pièce entre le moteur et l’inverseur est responsable de ces ennuis, nous non mais bon. Le mécanicien désaccouple, à flot, l’inverseur du moteur. Le démontage de la pièce ne donne rien. Nous reparlons de l’inverseur et insistons un peu. Comme nous sommes en fin de journée c’est l’heure de la débauche. La suite des travaux est remise au lendemain. Nous quittons le chantier et allons explorer Trondheim l’ancienne capitale et grand centre universitaire. Le centre-ville construit sur une grande péninsule, à l’embouchure de la rivière Nidelva a été transformé en port de plaisance où des milliers de bateaux petits et grands, à moteur ou à voiles, antiques ou non, se balancent mollement au bout de leurs filins. La ville, remarquablement fleurie, au riche passé médiéval a été réhabilitée. Les vieux entrepôts transformés en habitations et commerces divers. Le tout lui donne un aspect propret et convivial agréable Cela nous aidera à supporter notre séjour qui va se prolonger mais nous ne le savons pas encore.
Le lendemain le chef arrive, accompagné d’un mécanicien, celui qui le matin avant d’embaucher est venu nous offrir une véritable baguette de pain à la française. Il nous explique que l’inverseur va être ouvert. Enfin, pensons-nous ! Le meccano nous racontera plus tard que son chef a appelé un responsable Volvo à Oslo et que celui-ci lui a enjoint de vérifier l’inverseur. Dès le couvercle ôté, les spectateurs voient surnager sur l’huile les éléments d’un roulement qui à volé en éclats. Devant cela il est décidé de remorquer Noème dans le bassin voisin et de procéder à sa mis au sec. L’inverseur démonté est examiné sur tous les engrenages. Des fragments du roulement se sont insinués un peu partout détériorant l’ensemble du saildrive. Tout est à changer. Noème reste une semaine suspendu à un « travelift » en attendant la fourniture du nouveau saildrive. S’ensuivent deux jours de travaux. Remise à l’eau et facture très salée : un peu plus de 10 000 euros pour l’ensemble des prestations. Nous confirmons que la Norvège est bien le pays le plus cher du monde. Mise en route du moteur : tout va bien, plus aucun bruit anormal.
Le 20 août, Trondheim disparait dans le sillage de Noème, sans trop de regrets après avoir épuisé tous les charmes de cette belle ville. Il apparaît que les premiers intervenants Volvo n’ont pas été tellement à la hauteur. Pour l’instant absence de bruits suspects lorsque le moteur est en route. Nous regrettions par moment notre demi-tour à Torsvag. Les regrets pour ne pas avoir osé continuer vers le Svalbard ont disparus en plus de quelques sous.
Vinvågen microscopique port au fond d’une crique encaissée est l’étape qui suit Trondheim. Paysage toujours aussi surprenant et ici bucolique rappelant les alpages suisses. Les prés parsemés de vaches aux mamelles hypertrophiées, s'étendent sur les versants des coteaux tout autour du mouillage. Une longue promenade à terre accompagné d'un épais silence, sans aucune rencontre, nous mènera sur les hauteurs des collines à la découverte d'un panorama d'iles multiples s'enfonçant sous l'horizon.
De là retour à Kristiansund. Puis Alesund, construite sur plusieurs îles reliées entre elles soit par des ponts soit par des tunnels, dont les édifices ont été reconstruits en 1907 dans un style architectural art nouveau conséquence d’un incendie qui avait ravagé la ville en 1904. Puis Måløy et enfin Flørø.
Au cours de ces derniers jours la météo s’est dégradée. Il faut attendre une bonne fenêtre météo pour la traversée de la Mer du Nord vers les Shetland. Une possibilité s‘offre pour le 26 août, certains bulletins annonce un 6 sur la zone pour la nuit, d’autres un 7. Nous mettons les voiles en début de matinée. Le début se déroule bien. Petit largue le speedo annonce 7.5 à 8 nœuds dans 20 nœuds de vent établi. En fin de soirée l’intensité du vent monte à 25 nœuds, toujours de w-n-w. Réduction de la voilure. La nuit tombe, voilà la zone de plateformes pétrolières. Elles sont illuminées comme de véritables guirlandes de noël. L’intensité du vent forcit et atteint 35 nœuds sans trop de rafales. La nuit devient d’encre. Une forte pluie tombe, balayée par les bourrasques elle nous aveugle. Un coup d’œil sur le navtex mais aucun nouveau bulletin. Voici Noème sous trinquette et grand-voile à trois ris. La mer se creuse et déferle, les vagues assaillent le pont. Le vent rugit. Noème équilibré, sous pilote, poursuit sa route sans broncher. Nous sommes prêts à reprendre la barre si le pilote décroche. A l’intérieur un calme relatif règne et les soubresauts du voilier semblent atténués. Au bout de quelques heures la mer devient croisée et chaotique, les vagues nées de ce coup de vent de sud-sud ouest croisent la houle résiduelle mais encore importante du coup de vent de nord-ouest de la veille. Ca secoue ferme. A l’aube le vent décroit et un bulletin au navtex nous annonce sur Viking un fort coup de vent. Il était temps. La mer reste agitée, le vent continu à décroitre et dans l’après-midi tombe totalement. Le moteur sera de la partie pour la fin du trajet. Débarquement dans un port de Lerwick vide. Le grand ponton est pour nous tout seul. Un temps détestable va s’installer pour plusieurs jours. Kirkwall sera rejoint dans une courte fenêtre météo une semaine plus tard. Le lendemain de l'arrivée à Kirkwall nouvel épisode de mauvais temps avec des vents de 35 à 40 nœuds. Le départ de Kirkwall est ensoleillé mais pas pour longtemps. Quelques heures plus tard le vent auquel se joint une bruine froide et pénétrante, sera bout jusqu’à Wick. Une colonie de phoques nous croise, de nombreuses têtes, aux grands yeux étonnement tristes, émergent et suivent du regard un long moment avant de disparaitre dans les vagues Noème. En pénétrant dans le port de Wick à la nuit tombante nous n’apercevons pas la nouvelle marina qui est maintenant ouverte dans l’autre bassin. Nous amarrons Noème dans le premier bassin au même emplacement qu'à l'aller. Pas un passant sur les quais dans cette fin de journée pluvieuse et triste. Vite aux couchettes pour se réchauffer. Demain est la dernière étape, 68 miles jusqu’à Inverness, départ prévu à l’aube pour ne pas arriver tard dans la soirée. Le lendemain encore du vent dans le nez. Noème aime bien le près mais il y a des allures plus confortables pour l’équipage. Arrivée en soirée après une journée banale le 6 septembre. Deux jours plus tard un mémorable coup de vent passera sur l'Ecosse, 65 noeuds de vent, un force 11. Il était temps d'arriver à destination.
Installé à « Inverness Marina » Noème est désarmé, brossé, décapé, nettoyé à l’extérieur et à l’intérieur. Il va rester à ce poste tout l’hiver sous la garde du personnel en attendant notre retour prévu pour le prochain mois d’avril.
Voyage en Norvège été 2009